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Yoga et santé

  • Photo du rédacteur: Julie Lopez
    Julie Lopez
  • 3 janv.
  • 5 min de lecture

Aujourd’hui, le yoga est souvent associé à la souplesse, à la détente, à la gestion du stress — et parfois à l’idée qu’une pratique régulière pourrait, à elle seule, résoudre bien des maux (et accessoirement nous offrir une colonne vertébrale d’adolescent jusqu’à 90 ans).


Mais cette image contemporaine mérite d’être interrogée : le yoga a-t-il toujours été une pratique de santé ? Et que peut-on réellement en attendre aujourd’hui, à la lumière des connaissances scientifiques ?


À l’origine, le yoga apparaît en Inde il y a plusieurs milliers d’années, dans un contexte profondément spirituel et philosophique. Les premiers textes yogiques ne parlent ni de “bien-être” au sens moderne, ni de prévention des maladies ou d’optimisation de la santé.


Le yoga y est avant tout une voie de transformation intérieure, destinée à calmer l’esprit, discipliner l’attention et explorer la relation entre le corps, le souffle et la conscience.

Dans ces formes anciennes, le corps n’est pas une fin en soi. Il est envisagé comme un support de la pratique, un moyen de stabiliser l’esprit

.Les āsana (postures) y sont peu nombreuses, le plus souvent assises, et ont pour fonction principale de permettre l’immobilité, le confort et la stabilité nécessaires à la méditation — autrement dit, aider à rester assis longtemps sans que le corps ne devienne l’obstacle principal.


C’est en Inde, à partir du Moyen Âge, avec le développement du Haṭha Yoga, que la pratique corporelle se déploie davantage. Les postures se diversifient, le travail sur la respiration, l’énergie vitale et les équilibres internes s’approfondit, et apparaissent des préoccupations explicites liées à la santé, à la vitalité et parfois à la longévité.

Le corps devient alors non seulement un support, mais aussi un véritable terrain d’exploration — toujours au service d’un équilibre plus global.


Ce n’est que beaucoup plus tard, au XXᵉ siècle, lors de la transmission du yoga vers l’Occident, que certaines formes de yoga postural prennent une place dominante. La pratique est progressivement présentée comme une méthode de bien-être et de santé globale, parfois un peu éloignée de son cadre philosophique initial — sans pour autant perdre toute profondeur, mais souvent en changeant de langage.


Aujourd’hui, le yoga est pratiqué pour des raisons très diverses : soulager le stress, améliorer la mobilité, apaiser le mental, prévenir certaines douleurs ou simplement se sentir mieux dans son corps. Ces motivations sont légitimes, et largement partagées.


Mais cette évolution invite à se poser une question simple, et pourtant essentielle :comment la recherche scientifique éclaire-t-elle les effets du yoga — qu’ils soient physiques, psychiques ou existentiels — et comment ces effets s’inscrivent-ils dans l’expérience intérieure de la pratique ?

C’est ce regard croisé — entre héritage indien, pratiques contemporaines et éclairage scientifique — que nous allons explorer.

Le yoga : une activité physique complète… sans en avoir l’air

Quand on parle de yoga, on imagine parfois une pratique douce, presque immobile. Un peu d’étirements, quelques respirations, et beaucoup de calme.

Et pourtant.


Sur le plan physique, le yoga est une activité étonnamment complète.


À travers la diversité des postures, le corps explore tous les grands types de mouvements : flexion, extension, rotation, inclinaison, appuis, équilibres, inversions.

Les articulations sont sollicitées dans toute leur amplitude, ce qui favorise leur mobilité et leur entretien dans le temps

.Les muscles profonds comme les muscles superficiels sont engagés :ceux qui stabilisent, ceux qui mobilisent, ceux que l’on oublie souvent… jusqu’à ce qu’ils se rappellent à nous.


Le yoga permet ainsi de développer l’ensemble des capacités physiques fondamentales :

  • la souplesse,

  • la force,

  • la coordination,

  • l’équilibre,

  • l’agilité.

Et cela sans dissocier le corps en morceaux, mais en le faisant travailler comme un tout.


Une pratique adaptable à tous les âges de la vie

L’un des grands intérêts du yoga est sa capacité d’adaptation. Il peut être pratiqué à tout âge, avec des intensités et des formes différentes, sans que cela perde son sens.


Contrairement à de nombreuses activités physiques, il ne repose pas sur :

  • la vitesse d’exécution,

  • la charge,

  • la recherche de performance.


Il n’y a pas de poids à soulever, pas de chrono à battre, pas de record à établir (et franchement, personne n’a besoin de savoir combien de secondes vous tenez sur un pied).

Cette absence de charge externe et cette lenteur relative réduisent la pression sur les articulations et les tissus, à condition — et c’est essentiel — de sortir d’une logique compétitive.

Car oui, le risque de blessure existe en yoga. Comme dans toute activité corporelle.


Mais il est largement diminué lorsque la pratique est :

  • progressive,

  • consciente,

  • respectueuse des limites du moment.


L’utilisation de supports (briques, chaises, sangles, bolsters…) permet d’adapter les postures au corps réel, ici et maintenant — et non de se calquer sur une image "idéale".


Des effets physiologiques profonds, aujourd’hui bien documentés

Au-delà du mouvement, le yoga agit en profondeur sur plusieurs grands systèmes physiologiques.

La respiration consciente influence directement le système respiratoire et cardio-vasculaire, en favorisant une respiration plus ample, plus efficace, et une meilleure régulation du rythme cardiaque.

Les études montrent également des effets sur le système nerveux, notamment une activation du système parasympathique, impliqué dans le repos, la récupération et la régulation du stress.


Le yoga est aussi associé à :

  • une amélioration de certaines fonctions digestives,

  • une meilleure régulation hormonale,

  • un soutien du système immunitaire,

  • un impact positif sur la santé reproductive, notamment via la diminution du stress chronique.

Il ne s’agit pas de dire que le yoga “guérit”.


Mais bien qu’il crée un terrain physiologique plus favorable à l’équilibre.


Et sur le plan psycho-émotionnel, que se passe-t-il vraiment ?

C’est sans doute là que le yoga est le plus étudié aujourd’hui.

De nombreuses recherches montrent que la pratique régulière du yoga est associée à :

  • une diminution du stress perçu,

  • une réduction des symptômes anxieux,

  • une amélioration de l’humeur,

  • une meilleure régulation émotionnelle.


En reconnectant le corps, le souffle et l’attention, le yoga aide à sortir de l’état d’hypervigilance dans lequel beaucoup de personnes vivent au quotidien.

Il ne supprime pas les émotions .Il aide à mieux les traverser.

Et c’est souvent cette capacité — plus que la souplesse ou la posture parfaite — qui transforme la relation à soi.


Concentration, attention et image de soi : des effets souvent sous-estimés

Au-delà de la gestion du stress et des émotions, la pratique du yoga agit aussi sur des dimensions plus fines, mais essentielles :


la capacité de concentration et la relation à soi.


La synchronisation entre le mouvement, la respiration et l’attention sollicite en permanence les fonctions attentionnelles. De nombreuses études montrent que cette mobilisation régulière améliore :

  • la capacité de concentration,

  • la stabilité de l’attention,

  • la présence à l’instant.


Autrement dit, le yoga entraîne le mental à rester là, plutôt qu’à partir en liste de courses, en scénarios catastrophes ou à se refaire le film de conversations vieilles de dix ans (ce qui, reconnaissons le, est un sport très pratiqué).


Sur le plan de l’image de soi, les effets sont tout aussi intéressants.

Contrairement à certaines pratiques corporelles centrées sur la performance ou l’esthétique, le yoga invite à une exploration du corps sans comparaison, sans objectif de résultat, sans jugement.


Cette approche progressive et non compétitive favorise :

  • une perception plus juste et plus bienveillante de son corps,

  • une diminution de l’auto-critique,

  • un sentiment de compétence corporelle qui ne repose pas sur l’apparence.

Plusieurs recherches en psychologie montrent que cette reconnexion corporelle améliore l’estime de soi et le sentiment d’efficacité personnelle, en particulier chez les personnes ayant un rapport conflictuel à leur corps.

Le corps n’est plus quelque chose à corriger ou à contrôler, mais un espace à habiter.

Et ce changement de regard — discret mais profond — a souvent des répercussions bien au-delà du tapis.


Alors, le yoga est-il “bon pour la santé” ?

La réponse n’est ni magique, ni universelle.

Le yoga n’est pas une solution miracle.


Mais lorsqu’il est pratiqué de manière adaptée, non performative et régulière, il constitue une approche globale cohérente, dont les effets physiques, physiologiques et psycho-émotionnels sont aujourd’hui largement étudiés et reconnus

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