Cellulite : le “problème” de 90 % des femmes
- Julie Lopez
- 15 janv.
- 5 min de lecture

Son arrivée ? Je m’en souviens comme si c’était hier !
Toc. Toc. Toc.
J’ouvre la porte…
J’en avais vaguement entendu parler et la voilà, ses valises sous le bras, l’air sûr d’elle.
— Bonjour, je suis Madame Cellulite.
— Pardon ?
Sans hésitation, et sans y être invitée, elle entre. Et visiblement, elle a prévu de rester !
En terrain conquis, la voilà qui s’installe… qui s’étale même.
Elle se fait un nid douillet sur mes fesses, mes cuisses. Même mes mollets n’y ont pas échappé !!!
— Excusez-moi, mais… c’est chez moi ici. Je ne vous ai pas invitée et j’aimerais assez que vous partiez…
Pas de réponse.Elle semble avoir l’habitude de ce genre de réaction et d’en avoir complètement rien à faire.
Très vite, je comprends un truc : Madame Cellulite n’est pas venue pour le week-end.
Au début, je fais comme tout le monde.
Je panique un peu. Je me dis que ça ne va pas le faire. Franchement, elle n’est pas très esthétique. Après tout, tout le monde dit qu’elle est moche.
Or, moi, je n’ai pas spécialement envie qu’on me trouve moche.
Alors je tente l’expulsion.
Crèmes
.Produits miracles.
Promesses en gros caractères.
Avant / après : tout doit disparaître !
Je teste aussi les massages.
Les rouleaux.
Les techniques « révolutionnaires ».
Je fais tout ce qu’on m’a dit de faire.
Résultat ?
Des années plus tard, elle est toujours là. Calme. Impassible. Comme si elle savait quelque chose que je ne savais pas encore.

Je décide alors de changer de tactique.
J'arrête de lutter.
Je cherche à comprendre.
Je rassemble les pièces du puzzle.
Lorsqu’elle est arrivée, j’étais jeune adulte. Et quand je lui demande pourquoi, elle me répond :
— Les œstrogènes, évidemment ! Ce sont les hormones qui disent au corps féminin :« On stocke, on protège, on prévoit. » Et qui dit stockage, dit cellules graisseuses. Chez les femmes, ces cellules sont organisées différemment, maintenues par des fibres plutôt verticales. Quand les œstrogènes encouragent le stockage — pour la fertilité, la grossesse, l’allaitement — les cellules prennent un peu de place. Et comme les fibres sont droites, la peau ondule. Et c’est là que j’apparais.
— J’en ai de la chance, lui dis-je sur un ton ironique…
— Ne te sens pas exceptionnelle, me répond-elle sur le même ton. Que l’on soit mince, sportive ou non, 85 à 90 % des femmes sont concernées. C’est physiologique .C’est dans la nature des femmes !
— Autant que ça ?
— Oui. Et depuis la nuit des temps !
Tu sais, ajoute-t-elle, si j’étais inutile, je n’aurais pas survécu à la sélection naturelle. Je suis là parce que le corps féminin a une mission essentielle : porter la vie.
Stocker de l’énergie
.La garder disponible
.Assurer la fertilité.
Soutenir la grossesse.
Permettre l’allaitement
.Protéger la survie de l’espèce.
Rien que ça !
Et c’est vrai.
La nature est plutôt efficace :ce qui ne sert à rien disparaît.
Si Madame Cellulite est encore là après des milliers d’années d’évolution, ce n’est pas pour que j’aie honte lorsque je me mets en bikini.
C’est parce qu’elle est utile.
Je lui parle alors de tout ce qu’on raconte sur elle.
Qu’elle serait mauvaise pour la santé. Qu’elle bloquerait la circulation. Qu’elle provoquerait la fatigue, les jambes lourdes… la fin du monde (bon, ok, là c’est moi qui exagère).
À ce stade, elle lève les yeux au ciel.
— Ah oui, ça… On m’a tout mis sur le dos.
Elle soupire, puis reprend calmement :
— Je vais être très claire.
Elle m’explique que la cellulite :
n’est pas une maladie,
n’est pas dangereuse,
n’augmente aucun risque particulier pour la santé.
Les vrais problèmes médicaux existent, bien sûr. Ils ont des noms précis.
Ils concernent la circulation veineuse, le système lymphatique, la fatigue chronique…
Et ils ne sont pas causés par elle.
Elle est souvent accusée par défaut. Parce qu’elle est visible.
À un moment, elle me regarde et me dit :
— Tu veux savoir pourquoi je suis devenue aussi mal aimée ?
Je m’attends à une réponse compliquée.
Une grande révélation.
Un grand drame.
— Parce qu’un jour, dit-elle simplement, on a décidé que j’étais moche.
Avant, elle vivait sa meilleure vie.
Personne ne la remarquait. Elle était là, comme les genoux ou les coudes. Sans débat.
Un peu comme les poils, en fait. Personne ne se réveillait le matin en se disant :« Tiens, aujourd’hui, je vais m’indigner de l’existence des poils. »
Puis quelqu’un a eu une idée brillante :créer un problème… et vendre la solution.
Pour les poils, ça a donné des rasoirs., épilateurs etc....
Pour elle, ça a donné des crèmes, des appareils, des promesses.
— Le point commun ? me dit-elle. On est très répandus et très résistants.
Présents chez presque toutes les femmes. Impossibles à éradiquer. Donc parfaits pour être combattues éternellement.
Jackpot.
Et là, pour la première fois depuis longtemps, je me dis que le problème n’a peut-être jamais été… moi.
Madame Cellulite va toujours très bien.
Mais pour les femmes, l’histoire est un peu moins drôle.
Parce qu’à force d’entendre que quelque chose d’aussi courant est un défaut, on commence à s’organiser autour de ce défaut.
On renonce.
À certains vêtements .À certaines activités.
Pas parce qu’on ne les aime pas, mais parce qu’on a peur de ce qu’on va voir…ou de ce que les autres pourraient voir.
— Tu te rends compte, me dit Madame Cellulite, tout ce que vous vous interdisez à cause de moi ?
Et puis il y a la honte.
Pas la grande honte spectaculaire. La petite. Celle qui chuchote.
Celle qui fait baisser les yeux.
Qui fait s’excuser pour son corps.
Qui fait penser qu’on devrait « faire quelque chose ».
Comme si la présence de Madame Cellulite disait quelque chose de nous.
Comme si elle révélait un manque.
Une faute.
Un laisser-aller.
Alors qu’elle est juste là.
Comme prévue.
À la fin, il n’y a pas de révélation spectaculaire.
Madame Cellulite est toujours là. Et moi aussi.
L’image négative, elle, ne disparaît pas d’un coup. Elle est ancienne, collective, bien ancrée. Ce serait naïf de croire qu’un article suffit à l’effacer.
Il y aura encore des moments de gêne .Des réflexes. Des pensées conditionnées.
Mais il y a maintenant autre chose en plus :la compréhension.
Comprendre que ce n’est pas un problème de santé. Que ce n’est pas un défaut à corriger. Que ce n’est pas un échec personnel.
Juste un corps féminin.
Normal.
Fonctionnel.
Résultat de milliers d’années d’évolution.
Écrire cet article, c’est aussi un peu faire ce travail pour moi.
Déplacer le regard. Remettre du sens là où on avait mis de la honte. Et arrêter, doucement, de vouloir changer un corps sain pour répondre à quelque chose d’inatteignable.
Si ça permet, ne serait-ce qu’un instant, de se dire « Ah oui… c’est quand même absurde », alors ce sera déjà beaucoup.
Parce qu’au fond, faire la paix avec son corps ne commence pas par l’aimer à tout prix.
Ça commence souvent par arrêter de lui faire la guerre.




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